La République a enfin daigné commémorer un fait historique qui n'est pas à son avantage... quoique. Ce qui est commémoré, ce ne sont pas les 400 ans d'esclavage liés à la traite transatlantique, mais bien "les abolitions", selon le mot du président français, faisant référence aux moments de l'histoire française lors desquels on mit fin à la soumission de l'homme par l'homme (ou lorsque l'on tenta de le faire).
Première occasion : le 4 février 1794 (16 pluviôse an II), lorsque les députés de la Convention décidèrent d'abolir "l’esclavage des nègres dans les colonies". L'application de l'article premier de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, selon lequel "tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits", avait quand même pris près de quatre ans... après, de la déclaration de principes à la réalité... si les habitants de Saint-Domingue, de la Guadeloupe et de la Guyane ont pu connaître une amélioration véritable, il est avéré qu'à la Réunion, en Martinique, à Sainte-Lucie et à Tobago, l'esclavage est resté en vigueur.
Arrive Bonaparte, qui souhaite mettre un terme à la Révolution. Dans les colonies, il prend en compte les intérêts économiques de la bourgeoisie antillaise, dont sa femme Joséphine était issue, qui fondait son enrichissement sur l'exploitation d'une main-d'oeuvre servile, et rétablit l'esclavage entre 1801 et 1802 selon les territoires. Bonaparte va même plus loin : il interdit les mariages mixtes ainsi que l’entrée en France des "gens de couleur".
Le mouvement abolitionniste se développe pourtant au même moment : la traite est la première visée, et est abolie en 1815. Cependant l'esclavage domestique persiste dans les colonies occidentales, ainsi qu'en Amérique du Sud jusque dans les années 1820 environ. En 1833, les Anglais y mettent fin (au profit d'un autre système pas beaucoup moins criticable... "l'apprentissage"). En France, c'est la IIème République qui prend finalement la décision d'y mettre un terme. Victor Schoelcher, président de la commission d'abolition de l'esclavage, proposa le décret qui fut adopté le 27 avril 1848. Il est évident que la situation mit du temps à évoluer réellement, et commémorer "les abolitions" de l'esclavage ne doit pas libérer la conscience nationale d'un travail de mémoire sur l'esclavage lui-même, ceux qui l'ont organisé, ceux qui l'ont subi et surmonté. Surtout, il faut réfléchir à la forme nouvelle qu'il prit après 1848 : la colonisation.
Liens :
Sur les abolitions françaises
Chronologie détaillée
Documents sur l'esclavage
Ajout du 12 mai 2006
Des photos des lieux de commémoration le 10 mai à Paris