Lire et relire Césaire. Homme d'écrits, de débats, et homme agissant. Générateur de conscience, celle du Nègre fondamental, avec son Cahier d'un retour au pays natal. Les consciences bousculées aussi, une civilisation - européenne - dénoncée dans sa barbarie, avec le Discours sur le colonialisme. Homme de combats : célébrant les résistances du passé, en Toussaint Louverture, révolutionnaire haïtien qui dut combattre, emmenant avec lui tout un peuple opprimé, un général envoyé par Napoléon ; magnifiant les combats de son époque, les luttes d'émancipation en Afrique et ses martyrs, tel Patrice Lumumba dans Une saison au Congo.

Césaire n'est plus. Ses écrits restent, qui doivent continuer à alimenter notre réflexion. Le 10 mai prochain, journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage, qu'un hommage digne de son passage sur cette terre lui soit rendu.

Aimé Césaire par Jendayee
© J.Beroard via Flickr.

Extraits du Cahier d'un retour au pays natal (1939)

[page 20]
Au bout du petit matin, le vent de jadis qui s'élève, des fidélités trahies, du devoir incertain qui se dérobe et cet autre petit matin d'Europe...

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères, je serai un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait dans sa soupière un crâne de Hottentot?

[pages 61-62]
Et elle est debout la négraille

la négraille assise
inattendument debout
debout dans la cale
debout dans les cabines
debout sur le pont
debout dans le vent
debout sous le soleil
debout dans le sang
debout
et
libre

Les Souffles de Birago Diop (1906-1989)

Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.
[...]

Retrouvez le texte in extenso et écoutez-le.

A lire :
Dépêche AFP via Jeune Afrique.
Sa biographie sur Wikipedia
Des citations sur Wikiquote
Une réflexion sur le Discours
Aimé Césaire au Panthéon ?
Aimé Césaire sur RFO.fr

Félix Eboué se sent bien seul
dans cette crypte froide
la négritude est le linceul
des hommes au cou roide