:: Africamania ::
Après le Reggae Film Festival, voici un deuxième festival du film, africain cette fois-ci, et à Paris pour ne rien gâcher !
La Cinémathèque française organise depuis le mois de janvier et jusqu'au 17 mars une série de projections retraçant l'histoire du cinéma africain depuis la décolonisation jusqu'à nos jours : Africamania. La programmation restant à venir est disponible ICI.
Peu connaisseur, j'aurais bien vu un film dont je connais le nom sans jamais l'avoir visionné : La récolte de 3000 ans de Haïlé Guerima (Mirt Sost Shi Amit en amharique). Autre long-métrage de ce réalisateur : Adwa, retour sur la bataille du même nom réalisé pour le centenaire en 1996.
Extrait d'une interview réalisée en 1997 par Les Nouvelles d'Addis :
LNA. -- Vous avez travaillé sur la Bataille d’Adoua [1896, ndlr]. Pourquoi ? Qu’en espériez-vous ?
HG. -- Adoua est une expérience des plus uniques et symboliques que je considère comme cruciale, non seulement pour l’Éthiopie mais aussi pour tout le continent africain. Pour les Éthiopiens, triompher d’un pays européen lourdement et industriellement armé n’était pas seulement un événement de l’ordre du triomphe d’une stratégie militaire mais bien une victoire sociale, psychologique et culturelle. Elle marque aussi la pré-européanisation de la mentalité éthiopienne. Là repose le secret de la définition nationale, de l’indépendance et de la confiance en soi. Après que nous soyons devenus des étudiants, des imitateurs de l’éducation européenne, le colonialisme et l’impérialisme sont devenus omnipotents dans notre perception mentale. Quand l’Europe n’était pas l’égale de Dieu dans notre système de réflexion, nous partions en guerre contre elle avec notre tradition intellectuelle et culturelle indigène. Adoua a une formidable implication dans tout ce qui va mal en Afrique, que ce soit son développement, son éducation en matière de santé, sa paix ou sa guerre. Si l’on considère que le dernier acte des dinosaures qui ont parcouru le continent africain s’est soldé par le triomphe historique de 1896 à Adoua, on a une réponse indigène à la majeure partie des problèmes contemporains de l’Afrique. À un autre niveau, l’aspect le plus triomphant du colonialisme et de l’impérialisme réside en la faculté qu’ils ont, grâce à une commande à distance de notre existence, de déplacer et de distancer notre mémoire historique. En agissant de la sorte, ils ont fait de nous des esclaves de leur civilisation. Si nous voulons détrôner cet encombrant joug de nos esprits, il faut que nous mettions en valeur notre passé afin de comprendre, analyser le présent de façon critique et forger le futur. Adoua n’est qu’un petit chapitre de ce trajet thérapeutique que tôt ou tard, nous aurons tous à faire.
LNA. -- Quand avez-vous tourné Adoua et quels témoins avez-vous interrogés ?
HG. -- J’ai filmé Adoua en 1996, année du centenaire de la Bataille d’Adoua, sur la route que l’empereur Ménélik a empruntée pour affronter les colonialistes italiens. J’ai interrogé des prêtres, des debteras (3), des enseignants, des historiens oraux, des chanteurs et les patriotes qui se sont élevés contre l’armée fasciste venue, quarante ans plus tard, pour se venger de l’incident d’Adoua.
A lire :
- Biographie, actualités et online store en rapport avec Haile Gerima.
- L'interview de Hailé Guérima par Les Nouvelles d'Addis.
- Article du Monde sur le festival Africamania.

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