:: Baïdoa, la Somalie, l'Ethiopie, l'ONU ::
Alors que les combats font rage à Baïdoa, la communauté internationale n'a soutenu que du bout des lèvres le gouvernement de transition en votant une bien faible résolution à l'ONU il y a dix jours. Dans les faits, carte blanche est donnée à Meles Zenawi pour agir aux côtés du gouvernement de transition, qui, sur le modèle américain, dit n'avoir envoyé que des "instructeurs" militaires, un peu comme au Vietnam sous Kennedy, ou comme la France au Tchad ! (mais pas dans les années 1960, aujourd'hui !)
La population éthiopienne, même à Addis-Abeba, ignore ce qui se passe aux frontières avec la Somalie ; la censure est énorme et très bien organisée : appels téléphoniques de l'étranger, mails, presse et radio bien sûr, tout est filtré par le gouvernement de Meles.
Craindrait-il de ne pas recevoir le soutien des Ethiopiens, lassés de son autoritarisme ? Craindrait-il que les massacres de chrétiens qui ont eu lieu à Jimma, et dans quelques autres lieux proches de la Somalie ne s'étendent au reste de l'Ethiopie, malgré les appels au calme du responsable de l'islam en Ethiopie ?
Une chose est sûre : la menace est grande à l'Est, et le modèle des tribunaux islamistes somaliens rejoint à grand pas celui des talibans afghans (voir la vidéo ci-dessous). Il serait donc souhaitable que le Conseil de Sécurité des Nations Unies organise une force d'interposition ou donne mandat à l'Ethiopie, comme il l'avait fait pour la France en Côte d'Ivoire (avec toutes les réserves que l'on sait), pour intervenir légitimement dans ce pays afin d'éviter que toute la Corne ne soit déstabilisée par une guerre ouverte et non contrôlée, dans laquelle entrerait l'Erythrée, et des financements venus, pourquoi pas, de soutiens islamistes situés au Moyen-Orient.
L'appel au "djihad" lancé de Somalie fait fi des rapports qu'entretient traditionnellement l'islam avec l'Ethiopie : au début du VIIème siècle, alors que les premiers fidèles du prophète Mohamed étaient chassés par les Mecquois attachés au polythéisme, ceux-ci avaient trouvé refuge dans le royaume d'Aksoum, alors chrétien, mais, à l'instar des musulmans, monothéistes. L'Ethiopie avait été exclue du "dar al-harb", ces territoires où les musulmans pouvaient mener le "djihad" afin d'étendre l'islam, jusqu'aux conquêtes lancées par Ahmed Gragn au XVIème siècle.
Somalie - Ethiopie France24
envoyé par jahsensie
Ethiopie Somalie 25-12-06
envoyé par jahsensie
Dépêches :
Les combats se sont poursuivis vendredi [22 décembre 2006] en Somalie, pour le troisième jour consécutif, entre les islamistes au pouvoir à Mogadiscio et les troupes du gouvernement fédéral de transition de Baidoa, appuyé par l'Ethiopie, qui a dépêché des blindés sur le front. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, ces combats auraient fait au moins «des dizaines de victimes». Vendredi, le gouvernement d'Addis-Abeba a sommé les islamistes de «mettre fin à leurs activités antiéthiopiennes», tandis que l'Union des tribunaux islamiques multipliait les appels au «jihad». Les islamistes, qui sont de leur côté soutenus par l'Erythrée, ont annoncé qu'ils dépêcheraient samedi sur le front d'importants renforts terrestres en vue d'une offensive massive. Selon des témoins cités par l'agence Reuters, des habitants de la région ont été réveillés, vendredi avant l'aube, par le grondement des chars éthiopiens montant au front. (AFP, Reuters)
Libération - samedi 23 décembre 2006 (voir l'article)
Mogadiscio se prépare à la guerre sainte
"ça pourrait s'appeler le «jihad tranquille», un drôle de mélange de mobilisation guerrière et de calme nonchalant. Difficile de croire, au premier abord, que les tribunaux islamiques, qui règnent depuis six mois sur Mogadiscio, viennent de déclarer la «guerre sainte» à l'Ethiopie. En apparence, tout est tranquille dans la capitale somalienne : vendredi oblige, les rues sont vides et la plupart des commerces fermés. Les gosses jouent au foot au milieu des gravats du centre-ville.
Des petits groupes d'hommes écoutent la radio à l'ombre d'un arbre, à l'affût des nouvelles du front. Sans inquiétude apparente. Dans les locaux de Radio Shebelle, une station privée, Mohamed Amin est plus pessimiste : «Ça y est, la guerre que nous attendions depuis longtemps a éclaté. Je crains qu'il soit trop tard pour faire marche arrière. Les gens sont très remontés. Dès qu'il est question de la présence éthiopienne, ils expriment leur colère. Mais ils sont plus partagés sur la guerre : après seize ans de combats et de destructions, ils en ont marre.» D'autant que Mogadiscio vient de vivre ses six mois les plus calmes depuis la chute du dictateur Siyad Barré, en 1991.
Après avoir chassé de la ville, en juin dernier, les seigneurs de guerre qui y faisaient régner la terreur et l'insécurité, les islamistes ont levé tous les check-points, désarmé les miliciens, rouvert des quartiers inaccessibles depuis plus d'une décennie, remis en marche le port et l'aéroport et rétabli l'ordre. Pour la première fois depuis seize ans, on ne voit presque plus d'armes dans les rues. Comme une traînée de poudre, l'Union des tribunaux islamiques (UTI) a pris le contrôle de dix provinces sur onze du centre et du sud du pays, ne laissant au gouvernement fédéral de transition (GFT), internationalement reconnu mais discrédité intérieurement à cause de son inaction et de ses divisions, que la ville de Baidoa, son siège, et ses environs. Une situation inacceptable pour l'Ethiopie voisine, principal soutien du GFT, et les Etats-Unis, qui accusent les islamistes d'avoir des liens avec Al-Qaeda.
A la demande du GFT, l'Ethiopie dit avoir envoyé plusieurs centaines d'instructeurs destinés à aider les troupes gouvernementales : en fait, il y aurait quelque 10 000 soldats éthiopiens dans la région de Baidoa. De son côté, l'Ethiopie accuse les islamistes somaliens de chercher à la déstabiliser en armant des groupes somalis irrédentistes dans l'Ogaden et de recevoir armes et instructeurs de l'Erythrée, l'ennemi juré d'Addis-Abeba dans la corne de l'Afrique. Quant aux habitants de Mogadiscio, ils ont eu à peine le temps de profiter d'un semblant de paix et, déjà, la guerre est de retour.
Dans les rues de la capitale, difficile de trouver un habitant qui ne soutienne pas le jihad contre l'occupation éthiopienne. Même Mohamed Abdelhay Ali, un handicapé de 52 ans roulant sur les avenues désertes à bord d'une étrange chaise roulante motorisée, entend y contribuer à sa manière : «Je rentre de l'hôpital, où je suis allé offrir mon aide, du lait et de la nourriture pour les blessés.» Il dit en avoir vu une quinzaine. D'autres bénévoles offrent leur sang. Une femme se vante d'avoir un fils de 14 ans parti s'enrôler auprès des islamistes. «Allah Akbar!» s'exclame le petit groupe qui s'est formé spontanément dans la rue.
A la villa Baidoa, les recrues affluent pour être envoyées au front à bord de technicals, des pick-up équipés de mitrailleuses, ou de camions sans âge dont on se demande comment ils peuvent tenir les quelque 200 km jusqu'à Baidoa. Parmi eux, des étudiants mais aussi des gosses de 15 ans, voire moins. Ils ont suivi un entraînement idéologique et militaire ces derniers mois et soutiennent qu'ils sont volontaires. Sans même qu'on leur demande. Les écoles ont suspendu leurs cours. Même des femmes ont été formées au maniement des armes. «C'est l'islam. Au temps du Prophète, les femmes combattaient», justifie un badaud.
Partout, la guerre affleure sous le calme apparent. Mohamed Amin, le journaliste, vient de recevoir un coup de fil d'un de ses voisins, un jeune homme à peine bachelier, blessé dans les combats. Depuis qu'ils ont éclaté, mercredi, les centres de recrutement tournent à plein régime. Au QG désaffecté de la police routière de Gaadidka, dans le nord de Mogadiscio, on peut voir les recrues au loin, mais on n'entre pas. Les responsables des tribunaux islamiques, qui ne se faisaient pas prier pour faire visiter leurs camps d'entraînement, sont devenus nettement moins disponibles après la fin de l'ultimatum d'une semaine fixé par les islamistes pour le départ des troupes éthiopiennes. La plupart des leaders sont au front ou en réunion.
«Le prix de la guerre». Seul cheikh Abdel Rahman Janaqow, numéro 2 du comité exécutif des tribunaux islamiques, trouve un moment pour recevoir des journalistes à la villa Baidoa, l'ancienne demeure des hôtes de marque transformée en QG militaire : «Nous nous battrons jusqu'à la victoire.» L'homme à la barbe teinte insiste d'une voix douce : «Nous combattons des Ethiopiens, pas le gouvernement de Baidoa. De toute façon, les soldats somaliens ne veulent pas se battre contre nous. Nous sommes prêts à discuter avec le GFT, n'importe où, n'importe quand.»
Dans l'atmosphère nationaliste qui prévaut, seul Yusuf émet une note discordante, à l'abri de sa boutique : «Je connais le prix de la guerre. Je vais faire leur jihad, je vais perdre ma jambe. Dans trois ans, la Somalie et l'Ethiopie seront à nouveau en paix et moi, qui me rendra ma jambe ?»

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conscience-rasta
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