:: Nuages d'automne ::
Remarquons avec quelle poésie les militaires israéliens manient le langage : ces "nuages d'automne" ne sont autre que les ombres portées au sol par les avions de Tsahal qui ont bombardé avec acharnement la ville de Beït Hanoun ces derniers jours, causant la mort de nombreux civils, et renouant ainsi avec des pratiques inacceptables.
L'Union africaine vient de condamner "fermement cet acte déloyal" au moment où les Palestiniens tentaient de trouver un accord afin de former un gouvernement d'union. La précédente tentative avait été, bizarrement, interrompue par la guerre que l'on sait, cet été.
J'avais écrit cet été une synthèse plutôt rapide des rapports qu'avaient entretenus Sa Majesté Haylä Sellassié I avec l'État d'Israël, article que j'avais réservé pour une publication, mais qui ne parut pas. Je le publie donc maintenant, tout en sachant que le sujet mérite d'être développé et approfondi.
Qädamawi Haylä Sellassé et l'Etat d'Israël
ቀዳማዊ ኃይለ ሥላሴ እና የእስራኤል ምንግሥት ።
Les relations entretenus par les souverains d'Éthiopie avec Jérusalem (ኢየሩሳለም) sont très anciennes, comme on l'a déjà évoqué dans les pages de Mäbräq (voir le n°6), en raison de la présence du Saint-Sépulcre, qui en fait un lieu de pèlerinage, et de l'établissement d'un monastère éthiopien dans la ville. Ras Täfäri s'y était rendu lors de la Pâques de 1924, faisant route vers l'Europe. Il y avait de nouveau fait escale en 1936, avec Etégué Mänän, avant de rejoindre Londres puis Genève (voir Mäbräq n°7). A chaque occasion, l'accueil qui lui avait été réservé était pleinement satisfaisant, comme il l'évoque dans son Autobiographie. La Palestine était alors sous contrôle britannique, et ce sont eux qui se chargèrent de le recevoir. Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, la situation changea considérablement. Le courant nationaliste sioniste, multipliant les attaques (dont des bombes) contre les Britanniques, puis contre les Palestiniens, obtint gain de cause en faisant reconnaître le droit à un État par l'ONU, créé en mai 1948, déclenchant la première guerre israélo-palestinienne et provoquant le départ de plusieurs milliers de réfugiés vers la Cisjordanie et le Liban (où ils se trouvent toujours). La résolution 181 votée en novembre 1947 prévoyait pourtant la création de deux États, l'un juif, l'autre arabe, et que ces deux entités forment une union économique, monétaire et douanière.
Les premiers temps de l'existence d'Israël sont cependant favorables aux relations avec l'Éthiopie impériale. Des accords de coopération sont mis en place, notamment sur le plan économique et culturel. En particulier, après la création de l'université Haïlé Sellassié Ier en 1961 installée à Addis-Abeba dans le palais Le'ul Gännät, c'est un historien israélien, Zvee Yavetz, qui fut chargé par Sa Majesté de la diriger. Mais, un tournant eut lieu en 1967, lors de la Guerre des Six Jours que mena Israël contre plusieurs pays arabes, qui l'amenèrent à occuper militairement la Syrie (le plateau du Golan), la Cisjordanie et la bande de Gaza. La résolution 242 du 22 novembre 1967 condamna sans appel « l'acquisition de territoire par la guerre » et « [exigeait] l'instauration d'une paix juste et durable au Moyen-Orient » (termes repris par le président américain récemment...). La position de Sa Majesté Haïlé Sellassié fut claire dès cet instant : il refusait de voir bafouer les règles du droit international, de voir menacer la paix et l'intégrité de territoires souverains. Sa réaction est normale au regard des évènements qu'Il a lui même connus lors de l'agression italienne de 1935-1936 (voir Mäbräq n°7) : la supériorité militaire des Israéliens est dès cette époque écrasante, grâce à l'aide américaine reçue (sans commune mesure avec celle que reçut l'Éthiopie à partir de 1957), et l'on peut penser qu'il perçut ce conflit comme celui qu'il avait vécu par le passé, tant le déséquilibre était grand entre les parties, et les civils touchés injustement. C'est à cette date qu'Il décida, par conséquent, de rompre les relations diplomatiques avec l'Etat d'Israël.
La guerre du Kippour, en octobre 1973, donna lieu à une nouvelle condamnation de la communauté internationale par la voix de l'ONU (résolution 338) qui réaffirme les principes de la résolution 242. Un appel au cessez-le-feu immédiat fut lancé, bien plus aisément qu'à l'heure actuelle...
Lors du discours du Trône, inaugurant une nouvelle session parlementaire, le 2 novembre 1973, Sa Majesté impériale a tenu les propos suivants : Il y a quelques semaines, le monde était au bord du désastre en raison de la guerre au Moyen-Orient. Mais le monde a été sauvé de la catastrophe grâce à la décision du Conseil de sécurité qui a imposé un cessez-le-feu. Si une conflagration majeure a été ainsi épargnée au monde, le danger continuera de menacer l'humanité tant qu'il n'y aura pas un règlement pacifique du conflit du Moyen-Orient.
En ce qui concerne sa politique étrangère, l'Éthiopie respecte rigoureusement certains principes fondamentaux énoncés dans la Charte des Nations Unies et dans la Charte de l'Organisation de l'Unité Africaine. Par exemple, l'Éthiopie s'est toujours opposée à l'annexion de territoires par les armes. Même avant 1967, fidèle à ce principe fondamental dans la conduite de nos relations avec tous les autres États, nous nous sommes efforcés, séparément ou collectivement, à l'ONU et à l'OUA, comme devant de nombreuses autres instances internationales, à persuader Israël de se retirer des territoires qu'il a occupés par les armes, de telle sorte qu'une paix durable puisse s'établir au Moyen-Orient. Israël ayant refusé de se retirer de ces territoires occupés par la force en 1967, l'Éthiopie a rompu ses relations diplomatiques avec cet État, en attendant que le Gouvernement israélien se retire des territoires appartenant à d'autres Etats.
Nous espérons avec ferveur que la cessation du conflit et les activités diplomatiques poursuivies en faveur de la paix seront couronnées de succès avec l'instauration d'une paix permanente au Moyen-Orient, de sorte que les peuples de cette région puissent consacrer leurs immenses ressources (matérielles et spirituelles) au bien être des hommes et des femmes de ces pays.
L'Ethiopie rejoignait ainsi totalement la position des Etats africains qui avaient décidé d'interrompre leurs relations avec l'Etat d'Israël, qui jouait un rôle militaire de premier plan en Afrique centrale ("aide" technique, renseignement), notamment dans le Zaïre de Mobutu.

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Commentaires
1. Le jeudi 9 novembre 2006 à 11:15, par Issa
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