:: Starbucks ? Boycott ! ::

La chaîne de cafés Starbucks multiplie sa présence en France, notamment à Paris. Divine surprise : elle propose à la vente du café éthiopien, aux doux noms de "sidamo" ou "harar", deux régions productrices d'un café parmi les meilleurs du monde. Mais voilà le gouvernement éthiopien entend protéger ses producteurs en déposant les noms de ces deux régions, ce qui permettrait de doubler leurs revenus. Bientôt riches les producteurs de café du Harargué, du Sidamo ? Eh non, quand même pas ! Le prix de la livre de café passerait de 1 dollar en moyenne à deux dollars, alors que Starbucks vend les 250 grammes à plus de 5 euros ! Vous imaginez la ruine pour cette multinationale !
Un article de Libération résume bien la situation et permet de prendre conscience des stratégies engagées par les firmes occidentales dès qu'elles interviennent dans des pays du Sud : contourner le droit pour s'enrichir au détriment des petits.

Par Léa-Lisa WESTERHOFF
QUOTIDIEN : samedi 28 octobre 2006
Addis-Abeba, correspondance
A ma droite : Starbucks, numéro 1 américain du café-muffin. A ma gauche : l'Ethiopie, sixième producteur mondial de café et premier producteur et exportateur d'Afrique, soutenue par l'ONG altermondialiste Oxfam. Et une belle bagarre pour la protection des droits de propriété des trois variétés locales de cafés les plus appréciées.
Jeudi, le gouvernement éthiopien a accusé la compagnie américaine de spolier ses producteurs de café. L'Ethiopie pays de 77 millions d'habitants où près de 43 % de la population vit avec moins de 1 dollar par jour a déposé aux Etats-Unis, en 2005, une demande d'enregistrement de marques pour ses cafés les plus connus : harar, sidamo et yirgacheffe. Un moyen d'augmenter de façon conséquente les revenus engendrés par le café : environ 90 millions de dollars de plus par an, soit une augmentation de 25 %, selon les estimations d'Oxfam. «Sécuriser la propriété de l'Ethiopie sur ces appellations permettrait au secteur du café, producteurs et coopératives inclus, de gagner plus», argumente, à Addis-Abeba, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Solomon Abebe. Autant d'argent qui reviendrait aux 15 millions d'Ethiopiens vivant du café. Cet «or noir» représente près de 60 % des exportations nationales, et l'Union européenne, le Japon, l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis sont ses principaux clients.
Mais fin août, la demande pour le sidamo et le harar est rejetée, suite aux protestations de la NCA, l'association américaine du café. Elle est en revanche acceptée pour le yirgacheffe, moins vendu aux Etats-Unis. Selon le gouvernement éthiopien et Oxfam, Starbucks fait tout pour bloquer cette labellisation. «Starbucks est intervenu par le biais de l'association nationale américaine du café, dont il est un membre très important, auprès du Bureau américain des marques et des brevets, ce qui a provoqué la décision de cette organisation de refuser à l'Ethiopie sa demande sur les appellations sidamo et harar», accuse Solomon Abebe.
Le géant américain se défend vivement de vouloir spolier les producteurs de café locaux. «Starbucks n'a jamais cherché à bloquer les efforts du gouvernement éthiopien pour protéger certains noms», a indiqué l'entreprise dans un communiqué, jeudi. Selon Addis-Abeba, déposer la marque permettrait aux producteurs de vendre leur livre de café environ 2 dollars, contre des prix allant de 60 centimes à 1,20 dollar actuellement. Une broutille pour Starbucks, dont le chiffre d'affaire de 7,8 milliards de dollars cette année est 75 % plus élevé que le produit intérieur brut éthiopien... Dans ses échoppes aux Etats-Unis, le paquet de café sidamo est vendu 20 dollars. «Plus qu'un conflit légal, c'est un problème moral, argumente Abera Tola, représentant d'Oxfam en Ethiopie. A ce jour, l'Ethiopie reçoit entre 5 et 10 % du prix à la consommation.» Pour l'ONG, en s'opposant à une propriété intellectuelle, Starbucks cherche à protéger ses propres intérêts. «Starbucks sait très bien que, si l'Ethiopie dépose les marques sidamo et harar, à terme, l'entreprise devra payer plus pour le café que ce qu'elle paye aujourd'hui. Et puis cette affaire crée un précédent. Si l'Ethiopie l'emporte, d'autres producteurs de café et fournisseurs de Starbucks risquent d'entamer le même type de démarche», estime Abera Tola.
En septembre, l'Ethiopie a proposé un nouveau compromis à Starbucks. Il s'agissait de signer volontairement un accord de franchise reconnaissant la propriété du pays sur ces appellations de cafés, qu'elles aient été enregistrées auparavant ou non. A ce jour, le pays n'a pas reçu de réponse. «Avec cette campagne, nous espérons encore que Starbucks va donner son accord», avoue le directeur de l'agence nationale de la propriété intellectuelle. Ajoutant que l'Ethiopie va faire appel de la décision américaine de ne labelliser qu'un type de café.
http://www.liberation.fr/actualite/economie/213546.FR.php
© Libération

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Commentaires
1. Le jeudi 2 novembre 2006 à 09:07, par Anna
2. Le dimanche 5 novembre 2006 à 20:19, par JahSensie
3. Le samedi 17 février 2007 à 13:06, par JahSensie
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