:: Sarko et l'Afrique : quoi de pas neuf ? ::
Le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, est le fils d'un immigré hongrois. Ce dernier fut-il montré du doigt, pourchassé, empêché de travailler, "reconduit à la frontière" (expulsé) ? Eh ben non (et il a eu de la chance). Non, parce que M. Sarkozy de Nagy-Bocsa était un immigrant valable, "choisissable", potable quoi. Il avait de belles dents, était peut-être un peu chétif mais authentiquement aristocrate, ça valait le coup de le prendre celui-là. D'ailleurs la mère du petit Nicolas, issue de la bourgeoisie authentiquement française celle-là, l'a sélectionné. Et on connaît le résultat.
En plein vote de sa loi scélérate, Sarko fait le déplacement en "Afrique" (le journaliste précisera ensuite parfois le nom de deux pays, en l'occurence le Mali et le Bénin). Un ministre français qui se croit à "l'intérieur", alors qu'il va à l'étranger, on se demande d'où il tient ses conceptions de la politique africaine de la France ! Les noms de messieurs Pasqua (témoin de son premier mariage en 1982) et Chirac me viennent bien à l'esprit mais leur réputation est tellement sulfureuse, et Sarko tellement innocente victime, que c'est pas possible !
L'AFP s'est fendu d'un article sur le sujet, mes commentaires viennent ensuite.
Débat très houleux entre Sarkozy et des Maliens à Bamako
MALI - 18 mai 2006 - AFP
Un débat très houleux a opposé Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur français, auteur d'une loi controversée sur l'"immigration choisie", et des Maliens, jeudi dans un grand hôtel de Bamako.
Rencontrant des représentants de la jeunesse et de la société civile malienne, à la suite d'un discours sur l'immigration et le co-développement, le ministre français a été très durement interpellé par des participants. Il leur a répondu avec une vigueur comparable.
Un intervenant lève la main et lui reproche d'organiser des "charters" pour renvoyer des Maliens, "mains attachées" chez eux.
"Levez-vous. Je vous mets au défi de dire qu'il y a eu le moindre charter vers le Mali depuis quatre ans que je suis ministre de l'Intérieur (...) vous n'avez pas à insulter le gouvernement démocratique" de la France, réplique le ministre sur le ton de la colère.
Un député malien s'adresse à lui sèchement, citant un proverbe de son pays selon lequel "on ne rase pas quelqu'un en son absence".
"Ce n'est pas parce qu'il fait chaud qu'il faut s'énerver (...) Je ne veux le scalp de personne", rétorque le ministre français. "Bien loin de fermer le débat, cette loi permet de l'ouvrir. Avant, il n'y avait aucune obligation de discuter (de l'immigration) avec les pays d'origine des immigrés. Maintenant, si", lui rétorque M. Sarkozy.
A une jeune femme qui accuse la France de "profiter de nos ressources", Nicolas Sarkozy lance : "la France n'a pas économiquement besoin de l'Afrique".
La salle réagit avec hostilité.
"Attendez, attendez", tempère Sarkozy. "Les relations entre la France et l'Afrique ne sont pas conditionnées par des intérêts économiques. Ceux qui pensent cela commettent une grave erreur. C'était vrai du temps de la colonisation. Ce n'est plus vrai du temps de la démocratie".
"N'écoutez pas ceux qui exonèrent les Africains de toute responsabilité sur le non développement de l'Afrique", ajoute-t-il.
Il n'accepte pas non plus qu'un participant qualifie sa loi d'"anti-immigration", vécue selon lui, par la société malienne, comme une "provocation, voire une offense".
"C'est une caricature. Quand on des propos excessifs, on se décrédibilise", lui dit M. Sarkozy.
Peu auparavant, dans son discours, il avait expliqué être venu au Mali "exprès, en ce moment", au lendemain du vote par les députés français de sa loi durcissant les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France, terre qui abrite 45.000 Maliens légaux et autant d'illégaux.
"Depuis que j'ai parlé d'immigration choisie, au moins, on ne parle plus d'immigration zéro. Et on devrait m'en féliciter (...) Je le dis clairement: ceux qui font le jeu du racisme et de la xénophobie, ce sont ceux qui de manière irresponsable, hélas, ferment les yeux sur la nécessité d'une régulation des flux migratoires", affirme le responsable français.
Des manifestants bamakois - de quelques dizaines à 200 mercredi, environ 150 jeudi - avaient plus tôt conspué M. Sarkozy, le traitant de "raciste" et de "xénophobe". Des qualificatifs qui, visiblement, l'ont affecté.
Les mecs de l'AFP voudraient nous faire pleurer...
Après la presse, les journaux télévisés relatent le voyage "d'un présidentiable", qui "empiète sur le domaine réservé du chef de l'Etat". On connaît bien l'histoire (grâce, notamment aux travaux de François-Xavier Verschave) : les réseaux mafieux, la collusion, la corruption de l'appareil politique africain mis en place dès le début de la "décolonisation" par De Gaulle et son ami Foccart, afin de vider de son contenu l'indépendance des nouveaux Etats via un contrôle économique (et militaire) de leurs territoires. Jacques Chirac a pris le relais, faisant copain-copain avec tout ce que l'Afrique compte de dictateurs.
Et voilà Sarko qui arrive. Et que promet-il ? je vais le citer de mémoire car, bizarrement le texte de son intervention à Cotonou (Bénin) n'apparaît pas sur le site du ministère de l'Intérieur... ah oui, il intervenait en tant que président de parti. Il déclara donc : Il nous faut construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et des obsolescences qui perdurent de part et d'autre de la Méditerranée
. Tout est dans le "décomplexé". Il y avait des réseaux ? Eh bien on va le dire (et taper sur Rac-chi en même temps), faire comme si on allait les supprimer et, au contraire, on va les renforcer, les réorganiser avec des hommes sûrs, "décomplexés".
Evoquant également l'aide aux pays en développement, mais oubliant le fait que la France ne respecte pas ses engagements en la matière, à savoir donner 0,7 % de son PNB (d'autant plus qu'elle y inclut les dettes supprimées), Sarko souhaitait qu'en dehors des cas de force majeure motivés par l'urgence humanitaire et la défaillance des Etats, l'aide (des pays riches) doit toujours renforcer et jamais remplacer les institutions des pays en développement, qu'il s'agisse de l'Etat ou de la société civile
. Certes, certes. Mais comment un Etat soumis au diktat du FMI et de la Banque mondiale peut-il ne pas être défaillant lorsqu'on lui impose de supprimer les fonds destinés à l'éducation, à la santé, aux salaires des fonctionnaires... ? Au nom bien sûr de la liberté. Celle de l'enfant d'être éduqué ? Non ! Celle du marchand d'école de venir s'il y a de l'argent à récolter dans la population. Interpellé par une personne qui assistait à son discours, et qui voyait sa venue comme une provocation alors qu'était mise aux votes en France sa loi sur l'immigration jetable, enfin... choisie, Nicolas Sarkozy est quelque peu sorti de son discours voulant nous faire croire au fait qu'il a de l'estime et du respect pour l'Afrique et les Africains. Il répondit en effet à ce monsieur qui avait l'impudence de se montrer critique à son endroit, qu'il ferait mieux de ne pas tenir de tels propose devant un représentant d'un pays qui participe autant au développement de son pays ! Et vlan ! Je traduis en langage décomplexé : "Ferme bien ta gueule si tu veux continuer à recevoir de la monnaie".
Eh non, Nicolas Sarkozy n'est pas l'homme du changement qui permettrait aux relations franco-africaines d'être plus équilibrées, et assainies. Déjà, il est intéressant de noter que beaucoup de pays dirigés par des amis de ChiChi (Tchad, Gabon) ont organisé assez récemment des élections. Histoire d'être réélu tant que l'on est sûr de bénéficier de l'appui élyséen (logistique et/ou militaire comme au Tchad récemment), et avant qu'il ne disparaisse éventuellement. Ensuite, le discours du ministre de l'intérieur-président de l'UMP-présidentiable décomplexé n'est pas en rupture avec un sentiment très ancien qui a dominé les relations entre la France et les pays africains, à savoir le mépris.
Quelques articles parus le net :
Africatime, 16 mai 2005 : VISITE DE SARKOZY AU MALI : Après Kayes, Gao Proteste
Sur la stratégie sarkozyenne de souffler le chaud et le froid : "Nicolas Sarkozy ordonne le retour en France d'une malienne expulsée" (sachant que les élèves sans papiers seront expulsables à partir du 30 juin 2006, voir le Réseau Education Sans Frontières)

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Commentaires
1. Le mardi 13 juin 2006 à 18:20, par hellman
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