Merci M. Sarkozy, pompier pyromane, venu en sauveur des banlieusards, tel un Sharon sur l'esplanade des Mosquées/mont du Temple, assaillis par la racaille (vous en avez marre, hein ? oh oui, disparaissez M. le Ministre).
Les émeutes qui touchent quelques villes de Seine Saint-Denis (et d'autres depuis 2-3 nuits), dont celle dans laquelle j'enseigne, font parler, et pas seulement en France. Aux Amériques, pays de haute civilisation, à un sondage de CNN sur la manière dont le gouvernement devrait gérer la crise près de deux tiers des sondés répondent qu'il faut donner la troupe, comme au bon vieux temps où les patrons secondés par les préfets de la République avaient recours à l'armée qui tirait sur les ouvriers grévistes, femmes et enfants compris. 30 % préconisent d'imposer un couvre-feu (this morning, I woke up in a curfew, oh Lord...).

Ces méthodes, bien connues du peupe américain, et de ses dirigeants (qui sévissent aussi ailleurs que dans leur pays), sont mises en oeuvre en ce moment même à Addis-Abeba , et dans d'autres grandes villes éthiopiennes (Dessié, Baher Dar, Awassa, Gondar, Deré Dawa) : les forces spéciales (yadig), avec l'approbation du premier ministre Mélès Zénawi, parcourent les rues non pour maintenir l'ordre mais bien pour pacifier, nettoyer, karchériser diraient certains dans nos belles contrées franciliennes. 40 personnes sont mortes, au bas mot, dans ce contexte. Ce qui a déclenché cette flambée de violence ? Des manifestations d'étudiants à l'appel d'un parti de l'opposition au gouvernement (CUD). Une amie appelant à Addis pouvait entendre au téléphone des tirs sporadiques. Effrayant, sachant combien la ville et ses habitants peuvent être gais et sereins.
Après les événements de juin dernier qui avaient déjà secoués la capitale (voir article et photos sur le site des Nouvelles d'Addis) en raison de résultats électoraux contestables, ce regain de violence gouvernementale ne présage rien de bon pour les Ethiopiens et l'économie du pays (le tourisme en prend un coup...).

Message d'une soeur habitant Addis-Abeba : priez pour l'Ethiopie et les Ethiopiens, que Jah Rastafari guide et protège son peuple.

Dernières nouvelles sur la situation en Ethiopie :

Angola Press (5/11)
Grioo.com : la police a paniqué selon Mélès... surtout que les policiers en question n'en sont pas, il s'agit de forces spéciales du gouvernement, pas de simples flics...

Blog d'une Française résidant à Addis : des témoignages à lire (#1 et # 2)

La situation à la frontière Ethiopie-Erythrée se dégrade, Issayas voulant peut-être profiter des tumultes que rencontre son voisin éthiopien : déclaration à l'ONU (3/11/2005)
point de presse ONU (7/11/2005)...
et en France :
AFP
CNN

Tiré de Independant Media Center (7/11/2005) :

Pendant que je te parle, beaucoup de gens sont détenus et des gens sont tués. J'ai vu des forces spéciales en train de donner des coups de pied à des étudiants, des piétons, etc... dit une employée éthiopienne d'une organisation non gouvernementale internationale dont l'identité est gardée secrète pour sa protection. Selon les témoignages provenant d'Addis Ababa, la capitale éthiopienne, la violence a jailli mardi 1er novembre après cinq mois de calme. En mai 2005, l'Ethiopie a ses deuxièmes élections multipartis. La plupart des éthiopiens pensent que l'opposition remporte le scrutin malgré l'affirmation du Front révolutionnaire démocratique du peuple éthiopien (Ethiopian Peoples Revolutionary Democratic Front, EPRDF) du premier ministre Meles Zenawi qu'il obtient une majorité des voix. Le mois de juin est sanglant à Addis Ababa, avec 42 estimés morts, et des centaines, surtout des étudiants et des jeunes, battues et harcelées. Selon la BBC, le parti de l'opposition, la Coalition pour l'union et la démocratie (Coalition for Unity and Democracy, CUD) mène un boycott contre le gouvernement et manifeste le lundi 31 octobre. Le lendemain les leaders du CUD sont arrêtés. En réponse, il y a des manifestations dans la capitale et des heurts violents entre la population et les forces de l'ordre. Selon Ethiomedia.com, mercredi cinq personnes sont tués lors d'une tentative de sauvetage du chef de la CUD, Birtukan Mideksa. Le nombre de mort depuis le 1er novembre est estimé à 41. Selon les reportages et les témoignages, la plus grande concentration de violence est dans le quartier de Mercato dans le centre-ville. Les témoins décrivent des scènes d'horreur avec les forces spéciales tirant à feu libre sur les civils, y compris ceux qui viennent au secours des blessés. Des tirs sont entendus à travers la ville et sept tanks sont constatés à Filwoha. Par contre, Tigabu, un marchand à Mercato, dit que la police essaie de maintenir l'ordre, empêchant des gangs de piller les magasins. Il y a aussi des rapports de l'incitation à la violence ethnique. L'Ethiopie compte 80 groupes différents sur son territoire. La classe régnante, par contre, est surtout tigrienne. Des allusions sont faites au Rwanda. Mais sur Nazret.com, ce raisonnement est rejeté. Les bloggers voient la haine ethnique comme une tactique du gouvernement pour se légitimer et manipuler le public. Aucun journal n'est publié le mercredi 2 novembre et il semblerait que des journalistes locaux et internationaux sont harcelés. Particulièrement, ils sont découragés de se rendre à l'hôpital pour voir les morts et les blessés. La police cible aussi les groupes de jeunes, probablement parce qu'ils sont perçus comme des critiqueurs du gouvernement. Sur le blog du portail des nouvelles éthiopiennes Nazret.com, Netsanet dit qu'il y a encore un soutien important pour la CUD et que beaucoup de gens se tourne vers elle pour des directives. Malgré le chaos, les éthiopiens ordinaires appellent encore à la démocratie et à la liberté. Ils le font en chantant des chansons et en exprimant leur solidarité avec les leaders arrêtés de l'opposition. Plus tôt dans la semaine, cela s'est fait en klaxonnant, surtout les taxis. La CUD demande un boycott de tout les produits contrôlés et vendus par le EPRDF. Dans les blogs et courriels en provenance de l'Ethiopie, il y a un thème récurrent de désespoir. Les citoyens d'Addis Abeba se sentent oubliés par la communauté internationale. Ils souhaiteraient une intervention de l'Union africaine, ses Nations unies, ou d'autres forces internationales. Les bailleurs de fonds et la communauté internationale ont beaucoup aidé et soutenu le gouvernement actuel qui jusqu'au mois de mai était applaudi comme un gouvernement exemplaire en Afrique.