Le 2 novembre est une date importante dans le calendrier rastafari car c'est à cette date qu'a eu lieu le couronnement, à Addis Abeba, de Sa Majesté Hayle Sellassié, ainsi que de l'Impératrice Mennen (mariée à Tafari Makonnen depuis le 31 juillet 1911).
Cependant, l'Empereur avait acquis ce titre de negusä nägäst (ንጉሠ ነገሥት, Roi des Rois) dès le 3 avril 1930, au lendemain de la mort de l'Impératrice Zaoditou (Zäwditu), une fille de Ménélik II (mort en 1913) qui régnait depuis le 2 octobre 1916, avec, à ses côtés Tafari Makonnen, nouvellement ras, Régent et Prince héritier de l'Empire.
Deux ans avant son couronnement, Tafari avait acquis le titre de negus (ንጉሥ) de Gondar le 7 octobre 1928, ce qui avait fait de lui le personnage le plus important de l'Empire après la Reine des Rois, au détriment des vieux aristocrates de l'époque de Ménélik, opposés à la modernisation du pays.
Sept mois furent nécessaires à la préparation de l'événement le plus marquant de l'histoire éthiopienne (Paul Henze, 2004, p. 206), période pendant laquelle Addis Abeba connut de grands travaux de nettoyage et de peinture ; le monde entier, notamment les "partenaires" de la SDN, fut convié à cette cérémonie : le maréchal Franchet d'Espérey pour la France, le Duc de Gloucester pour le Royaume-Uni (fils du roi George V), le Prince d'Udine pour l'Italie (petit-neveu du roi Victor-Emmanuel), des représentants américains, japonais, hollandais, belges, suédois, égyptiens, allemands, turcs, grecs et polonais répondirent à l'appel.
Lors d'un cérémonial très bien préparé, Haylä Sellassié fut couronné dans la cathédrale Saint-Georges d'Addis :

Après que le psaume qu'avait choisi l'empereur (psaume 122) eut été chanté, l'abouna [chef de l'Eglise éthiopienne], sortant de l'enceinte fermée où dans les églises [tewahedo] se trouve l'autel, apparut, tenant l'Evangile relié aux plaques d'or et dit en s'adressant à l'assistance : "O princes de la maison royale, conseillers du souverain, ô nobles d'Ethiopie, seigneurs de l'Eglise, maîtres, savants et prêtres saints, voici devant vous l'humble serviteur du Très Haut, Hayle Sellassié, de la lignée de Ménilek [Ménélik], fils du roi Salomon et de la reine Makéda, lignée glorieuse des rois puissants et justes qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours sans défaillance. C'est à lui que vous devez respect et obéissance, dans vos coeurs, autant que dans vos faits et gestes... !"

(tiré de Pétridès cité par Juniac, p. 104)

Roi des rois d'Ethiopie (negusä nägäst zä'Ityopya, ንጉሠ ነገሥት ዘኢትዮጵያ), Seigneur des Seigneurs (guermawi), Lion conquérant de la tribu de Juda (moa anbässa zä'imnäguädä yehuda, ሞአ አንበሣ ዘእምነገደ ይሁዳ), et Elu de Dieu (Seyumä Egziabhér, ሥዩመ እግዚአብሔር), Qädamawi Haylä Sellassé (ቀዳማዊ ኃይለ ሥላሴ, le premier) était aussi défenseur de la foi et de l'Eglise éthiopienne. Le serment qu'il prononça marqua une nouveauté : en effet il jura de maintenir les lois qu'il aurait promulguées "après les avoir soumises, de son plein gré, au Conseil, pour avis", preuve d'un arbitraire moins grand dans l'exercice du pouvoir.
Ceci fut confirmé par la promulgation, le 2 novembre 1931, de la première constitution éthiopienne, créant deux assemblées de notables qui avaient pour rôle de discuter les lois avant leur promulgation par l'Empereur. Ce texte n'instaurait pas un régime représentatif de la population, démocratique, mais constituait un premier jalon. Sa Majesté voulait que le peuple apprenne ce qu'est le régime représentatif, "afin qu'il puisse un jour en arriver à prendre part au gouvernement du pays". "Ce jour, je le sais, dit-il alors, est encore loin".
Car le peuple éthiopien est, à cette époque, majoritairement rural et analphabète. Aussi un des buts essentiels d'Hayle Sellassié était-il de "favoriser la création d'écoles dans lesquelles seraient données un enseignement séculier et spirituel, et dans lesquelles l'Evangile serait enseigné" (paroles prononcées lors du serment du couronnement).
Une autre innovation résidait dans le fait que l'Impératrice Mennen (እቴጌ መነን), "Queen Omega", fut couronnée à la fin de la cérémonie religieuse, dans la cathédrale Qeddus Guiyorguis (Saint-Georges), où elle reçut la bague de diamants des souveraines.
Mengesteh temtta, Janhoy :: መንግሥትህ ትምጣ ፣ ጃንሆይ
Que ton royaume vienne, ô Majesté !

Qedamawi Hayle Sellassié enna Etégué Mennen yemmäsgän :: Let give thanks to Haile Sellassie I and Empress Mennen !

Ouvrages francophones évoquant le sujet :
Gontran de Juniac, Le dernier Roi des Rois. L'Ethiopie de Haïlé Sélassié, Paris, L'Harmattan, 1994 (1ère éd. 1979), p. 102-105
Paul Henze, Histoire de l'Ethiopie, Paris, éditions Moulins du Pont/Les Nouvelles d'Addis, 2004, p. 206-207
Pétridès, Le Livre d'or de la dynastie salomonienne, Plon, 1964 (ouvrage rare)

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